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Le Gueulard : histoire d’une résistance culturelle

1984 : pour faire face à la crise de la sidérurgie, une poignée de militants associatifs de la vallée de la Fensch voulurent relancer une dynamique en créant un lieu de vie et de culture. Ils rachetèrent alors un café de Nilvange qu’ils baptisèrent « le Gueulard »… et posaient la première pierre d’une longue histoire culturelle dans ce coin de Lorraine.

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Dans la Lorraine sidérurgique, le gueulard désignait la partie haute des hauts-fourneaux dans laquelle on enfournait le minerai à fondre, mais aussi la sirène qui rythmait les journées des ouvriers. Pour ceux qui ont entre 30 et 40 ans, qui n’ont pas forcément connu le quotidien des métallurgistes et qui sont portés sur la culture, le « Gueulard » évoque plus un lieu de concerts et de spectacles de la vallée de la Fensch. Ce nom, les acteurs historiques du Gueulard l’ont délibérément choisi en référence au passé industriel de l’endroit. Emmanuelle Cuttitta, Mauro Albanese et tous leurs amis, fils et filles d’ouvriers, souvent d’origine immigrée, ne sont pas partis quand la vallée s’est vidée de la moitié de sa population avec la crise de la sidérurgie lorraine et les « plans acier ». Ils ont ainsi racheté ce café de Nilvange pour en faire un vrai lieu de vie et un lieu de culture. Très vite, ils ont obtenu le soutien des institutions et de partenaires des environs qui ont compris toute l’utilité de développer une activité culturelle dans cet endroit. Une activité pour recréer du lien, des rencontres, qui puisse contribuer à une dynamique humaine comme économique. Dès l’ouverture du Gueulard, au milieu des années 80, la programmation alterne théâtre, chanson, jazz, musique manouche… De 20 spectacles par an, l’endroit va progressivement passer à 80, s’ouvrir à tous les registres des musiques actuelles en accueillant des associations qui proposent des esthétiques spécifiques. En 1996, le Gueulard devient le premier lieu conventionné « scène de musiques actuelles » de la région et va même servir de lieu d’études pour développer ce modèle.

 

Le « Gueulard » ne la ferme pas

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Lorsqu’en 2001, la loi qui doit protéger les spectateurs des dangers des musiques amplifiées s’élargit à la protection du voisinage, le « Gueulard », qui jouxte des habitations, est contraint de fermer. Les voisins ne sont pourtant pas majoritairement hostiles, mais il suffit parfois d’un seul mécontent… Malgré cela, les partenaires soutiennent toujours l’équipe du « Gueulard ». Ceux-ci, au sein de l’association « Pavé », vont poursuivre leur programmation dans d’autres lieux de la vallée et jusque dans les environs de Thionville. Au « Gueulard », on continuera de voir des pièces de théâtre ou des concerts acoustiques. Et surtout, l’endroit va servir de lieu de création et de résidence pour les musiciens et les compagnies de théâtre du nord de la région. Ils seront nombreux à profiter des moyens techniques de la salle et de l’accueil de la maison… et des pâtes de Mauro : L’Albert, Jean Roch Waro, Louis Ville, Piero Moïoli (qu’on connut un temps sous le pseudonyme de P’ti Jézu), Dan Sneed et son Adok KumQuat Tagadac Big Band, des créations des collectifs « Besoins de Personnes », « Le Mégot » ou encore « Utopia… je ne savais pas qu’Ulrike était mon amie » de Caroline Crozat (qui fut 10 ans durant choriste du groupe Ange), des spectacles originaux dans tous les sens du terme, mêlant textes et musiques, conformément à la volonté des « Gueulards » de soutenir les esthétiques artistiques nouvelles.

De l’acier au métal

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En 25 ans, le « Gueulard » est devenu un lieu mythique de l’action culturelle en Lorraine, un lieu à la fois ancré dans son territoire et « porte-ouverte » sur le monde. Quand un festival a lieu dans les environs, le « Gueulard » en est une étape (le festival « Scènes au Bar », chaque année, en mars) ou ses membres impliqués dans son organisation (« Rock’n’Fer », , festival de musiques actuelles qui se tient sur le site de l’ancien haut-fourneau U4 d’Uckange). Pour le reste de la programmation, le temps de l’itinérance est bientôt révolu. Aujourd’hui, l’aventure culturelle longtemps portée par le Gueulard est en passe de trouver un prolongement à une centaine de mètres de là, dans l’ancienne piscine de Nilvange. Engagé et piloté par la Communauté d’Agglomération du Val de Fensch, ce projet d’équipement dédié aux musiques actuelles va se préciser au fil de l’année 2012 sous la houlette d’une ancienne du Gueulard, Emmanuelle Cuttitta. Et le lieu, qui pourrait comprendre une salle de 400 places, modulable, adaptée aux musiques actuelles, ainsi que des locaux de répétition et d’enregistrement, voir le jour fin 2014.

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Source mylorraine.fr AdrienChobaut